Interview : Sarah Vermande et André-Jean Grenier

vague bleue

Sarah Vermande et André Jean Grenier, référents artistiques et comédiens, nous en disent un peu plus sur leur métier, leur vision du théâtre d’entreprise et sur Co.Théâtre.

Posté le
30 octobre 2014 - 10:57

Pour vous, qu'apporte le théâtre d'entreprise aux spectateurs ?

Sarah Vermande : J'ai été formée comme comédienne en Angleterre, au Drama Centre London, où la réponse à la question " pourquoi les gens vont-ils au théâtre ? " était très claire : pour se reconnaître, pour se connaître, c'est-à-dire pour démêler quelque chose de la complexité des relations et comportements humains. Toutes les vertus du théâtre en général - l'effet miroir, la catharsis, le plaisir et l'expérience collective – s'appliquent bien sûr au théâtre d'entreprise. Avec cette cerise sur le gâteau : les spectateurs ne s'attendent souvent pas à le trouver là et c'est pourquoi il y est doublement efficace. L'entreprise, et plus généralement les organisations, sont déjà le théâtre de toutes sortes de " jeux " : en venant y jouer des pièces écrites pour cet environnement spécifique nous donnons la possibilité d'une prise de conscience, d'une prise de recul, d'un référent commun à partir duquel chacun et chacune pourra éventuellement faire son chemin. 

André-Jean Grenier : ❝ Dès mes premières expériences de théâtre d’entreprise (il y a bien longtemps : 27 ans !) j’ai compris que ce médium avait un impact fort. Là où il y a 27 ans nous étions dans des interventions à " effet miroir " aujourd’hui nous nous positionnons plus comme " un reflet " de la réalité du monde des entreprises. Quand j’ai commencé à jouer pour les entreprises au Québec, notre préoccupation tournait essentiellement autour de deux axes : faire passer des messages et faire rire. Aujourd’hui avec Co.théâtre nous voulons certes amuser le spectateur mais surtout éveiller des consciences, poser des questions et offrir des perspectives et éventuellement amener le spectateur à poser des choix. Je me suis aperçu également au fil des années que le théâtre avait non seulement un impact fort mais durable dans le temps. Aujourd’hui j’ai la prétention de croire que je fais bouger des choses, que j’aide certaines personnes à cheminer grâce aux interventions de théâtre dans les entreprises. 

 

Pourquoi ce nom de Co.Théâtre ?

Sarah Vermande : ❝ " What's in a name ? " demande Juliette quand elle se désole d'apprendre que Roméo est un Montaigu : " ce que nous appelons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon. " Nous espérons tout de même que le nom de Co.théâtre a un parfum bien à lui ! La dimension collective relève de l'essence du théâtre. Cette dimension est renforcée dans le cadre du théâtre d'entreprise puisque c'est un théâtre de commande : il s'agit toujours de le co-construire avec nos clients. Par ailleurs, le théâtre ne fait pas que stimuler la pensée du public, il engage le corps et le coeur des acteurs et des spectateurs : ce ne sont pas de " purs cerveaux " qui travaillent dans les organisations où nous intervenons, ce sont des personnes dans leur entièreté. Et c'est bien à la personne entière que les spectacles de Co.théâtre et tout ce qui vient s'ajouter aux spectacles s'adressent. 

André-Jean Grenier : ❝ Ce nom a de multiples définitions et c’est pourquoi il me plait. Evidemment le CO nous renvoie à COmpagnie, à COllaborateur, COllègue, etc. Mais le CO c’est aussi " ensemble, avec " comme dans co-voiturage, on partage la voiture avec quelqu’un. Nous, ce que nous souhaitons chez Co.théâtre c’est de partager des moments forts avec les spectateurs, partager des réflexions et partager des perspectives différentes et aussi parfois de partager la scène ! C’est pourquoi Co.théâtre ! Et sur un plan plus personnel, le CO me renvoie à la compagnie de théâtre dans son sens moliéresque du terme. La troupe, les tournées… J’aime la compagnie de mes compagnons de scène et CO signifie ensemble et nous sommes ensemble dans cette belle aventure ! 

 

Vous avez chacun un rôle particulier dans Co.Théâtre. Dites-nous en plus.

Sarah Vermande : ❝ Je suis plus particulièrement chargée de veiller à la qualité des textes de nos spectacles, qu'ils durent cinq minutes ou plus d'une heure, quelle que soit la plume talentueuse et singulière qui les écrit. Historiquement, le théâtre d'entreprise s'est d'abord imposé par la caricature (laquelle n'est pas sans vertus !), sous forme de sketchs sans doute plus proches du café-théâtre que du théâtre, puis il s'est efforcé de coller au plus près à la réalité de l'entreprise. Il nous semble essentiel de " remettre du théâtre " dans le théâtre d'entreprise pour qu'il donne toute sa mesure. Il s'agit donc de m'assurer que nos spectacles répondent précisément aux attentes de nos clients (encore une fois, nous sommes dans un théâtre de commande) tout en respectant notre charte artistique : écrire des histoires, des histoires qui ne passent pas nécessairement que par des mots, dans lesquelles des personnages présentant le plus d'épaisseur possible vont vivre des situations explorées le plus finement possible. 

André-Jean Grenier : ❝ Nous avons, c’est vrai, tous un rôle particulier mais un rôle qui s’exprime dans un même souffle. Nous avons longuement discuté, rediscuté, revisité et mis à jour cette ligne artistique que nous voulions novatrice. Nous avons souhaité remettre du " vrai " dans le jeu des acteurs et des actrices. Je serai le garant de cette vérité dans le jeu. Un jeu plus proche de la réalité des entreprises. Nous allons travailler davantage le comique de situation que la blague à tout prix. Je serai également attentif à repositionner l’animateur de Co.théâtre dans son rôle de questionneur afin d’amener le spectateur plus loin que le plaisir et l’amusement.